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Communiquer pour mieux impliquer élèves et parents

Comme beaucoup d’enseignants, je me suis emparé depuis quelques années des réseaux sociaux pour communiquer avec mes élèves. Depuis trois ans maintenant, une page facebook Historicophiles me permet de relayer les nouveaux articles du blog, mais aussi différentes ressources (articles, vidéos, actualités internes à l’établissement…) que je souhaite porter à la connaissance de mes élèves et qui peuvent leur être utiles pour approfondir le cours, leur culture générale, ou pour organiser leur scolarité au quotidien.

A chaque rentrée, la liste des abonnés s’allonge car de nouveaux élèves entrent dans ma salle de classe et rejoignent la communauté virtuelle qui n’est certes pas obligatoire mais qui permet néanmoins d’obtenir des informations complémentaires, utiles et différentes. A l’inverse, les anciens ne quittent pas forcément le groupe et continuent à suivre l’actualité du cours d’histoire même après le lycée.

Or, depuis la rentrée 2014, j’ai constaté une évolution dans l’utilisation de cet outil :

  1. Les élèves de Seconde se sont moins inscrits que les années précédentes,
  2. A l’inverse, d’autres membres tels que des collègues, des parents ou des partenaires locaux nous ont rejoint.

Au moment de faire le bilan annuel, je me suis aperçu que mes élèves n’évoquent presque jamais ce prolongement virtuel du cours, même lorsqu’ils l’utilisent. Par ailleurs, je suis quasiment le seul à alimenter le fil d’information. Lorsqu’un élève a une idée de publication à partager, il me l’envoie généralement par message privé et me place ainsi automatiquement en situation d’auteur quand le rôle des élèves se limiterait à celui de consommateur agissant ponctuellement par l’intermédiaire d’un « like« , voire d’un commentaire.

Faut-il dès lors envisager une fermeture du groupe ? Faut-il changer d’outil ? De méthode ? Telles sont les questions que je me suis posées tout au long de cette année en espérant trouver des réponses dans une bibliographie quasiment inexistante. Nombreux sont les enseignants à utiliser Facebook et Twitter en prolongement de leur classe et pourtant, personne ne semble l’avoir réfléchi en termes pédagogiques ou bien n’ose y réfléchir publiquement. Il faut dire que le regard des collègues et de l’institution est parfois sévère : confusion entre espace professionnel et espace privé, utilisation d’un outil commercial dans le cadre d’une mission de service public, dilution du temps de travail des enseignants… Telles sont les réticences parfois justifiées qu’il convient d’étudier.

Pour ma part, dans le cadre de la pédagogie participative et sociale (PEPS), ma principale question consiste à me demander si la mise en oeuvre d’un système de communication périscolaire peut constituer un outil de lutte contre le décrochage et de meilleure implication des élèves et des parents dans une perspective de réussite collective.

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Quels sont les enjeux et objectifs d’un système de communication périscolaire ?

Avant toute chose, il convient de fixer avec précision les objectifs pédagogiques d’un tel dispositif afin de choisir les meilleurs outils disponibles et fixer leurs paramètres d’utilisation. Cette réflexion préalable est indispensable afin de ne pas sombrer progressivement dans l’émerveillement technologique au détriment des objectifs pédagogiques.

Diffuser de l’information complémentaire au cours

D’un côté, les enseignants se plaignent régulièrement du manque de culture générale de leurs élèves ; De l’autre, les élèves reprochent souvent aux enseignants de diffuser un savoir trop déconnecté de la réalité et de l’actualité.

Les deux parties n’ont pas forcément tort. La culture générale est l’un des principaux marqueurs des inégalités sociales face à la réussite scolaire. Certains ont la chance de naître dans une famille où l’on accompagne le développement culturel de l’enfant en lui proposant des lectures, des films et des sorties culturelles qui se nourrissent mutuellement et contribuent à forger un socle culturel qui finit par s’auto-alimenter. A l’inverse, d’autres devront se contenter du « socle commun de connaissances et de compétences » proposé par l’Education nationale qui n’a que très tardivement et difficilement intégré la notion de « culture ».

Mais il est aussi vrai que l’intégration de références culturelles récurrentes et diversifiées dans le cours est un exercice encore trop rare, soit par manque de temps au regard de la lourdeur des programmes, soit par manque de réflexe et par crainte de diluer le message initial.

Nous sommes donc actuellement dans une situation de frustration culturelle mutuelle alors que l’attente semble être partagée tant du côté des enseignants que des élèves.

L’une des solutions mises en place cette année dans ma classe a été de proposer des séances d’AP (accompagnement personnalisé) consacrées à l’actualité. Ponctuellement, mes élèves pouvaient ainsi m’envoyer des articles qui les avaient interrogés afin que je puisse ensuite en classe en proposer une lecture systématiquement reliée au programme d’histoire, de géographie ou d’éducation civique, juridique et sociale (ex-EMC).

Ces séances ayant été plébiscitées par mes élèves, il m’est apparu utile de les systématiser via les réseaux sociaux afin de les intéresser à l’actualité, tout en leur montrant que les enseignements qu’ils reçoivent en classe leur fournissent des clefs de compréhension du monde qui les entoure. Ainsi, non seulement je contribue à leur formation citoyenne, mais je tente aussi de renforcer leur intérêt pour le cours.

Raccrocher les « orphelins de 16h »

Je n’aime pas du tout cette expression qui a été instrumentalisée dans des débats politiciens, mais il faut reconnaître qu’elle est efficace pour illustrer l’inégalité qui se creuse entre nos élèves une fois qu’ils ont passé le portail de l’école. Certains sont accueillis par leurs parents qui les accompagnent dans la gestion du temps extrascolaire, quand d’autres sont pris en charge par des sociétés privées de soutien ou bien abandonnés dans une autonomie plus ou moins bien vécue.

L’école ne peut certes pas remédier seule à cette fabrique sociétale des inégalités, mais elle peut néanmoins se donner les moyens d’en limiter les effets. A ma modeste échelle, je ne parviens pas à accepter l’idée qu’un élève qui a envie de réussir puisse en être empêché et se décourager car ses parents n’ont pas les moyens culturels, matériels et/ou financiers de le soutenir.

Par conséquent, non seulement il me semble important de mener une réflexion sur la nature et l’organisation du travail à la maison (voir l’article sur ce thème sur le site de la PEPS), mais il convient également de mettre à disposition de l’élève des outils lui permettant de solliciter une aide.

Encourager la solidarité et l’engagement des élèves

Le professeur n’étant pas forcément disponible 24h/24, il est important que les élèves comprennent que ces outils n’ont pas pour ambition de leur apporter une réponse systématique et immédiate de la part de l’enseignant.

En revanche, c’est l’ensemble de la communauté virtuelle qui peut se mobiliser pour tenter de trouver une solution, sous le regard bienveillant de l’enseignant qui pourra ensuite valider, infirmer ou préciser les propositions des autres élèves.

Valoriser les élèves

Il est dès lors important à mon sens de valoriser cet engagement et cette entraide entre les élèves non pas seulement pour encourager le fonctionnement de la communauté, mais aussi parce que le principe de coopération est clairement inscrit dans le socle commun de l’école et qu’il s’agit donc d’une compétence que les enseignants doivent encourager.

Mes élèves peuvent donc obtenir des points supplémentaires par cet intermédiaire et ainsi le professeur valorise l’engagement personnel tout en renforçant la cohérence collective des classes.

Par ailleurs, ces outils de communication peuvent aussi être utilisés pour diffuser des productions d’élèves particulièrement remarquables et ainsi valoriser publiquement leur investissement autrement que par une note chiffrée.

Favoriser une autres forme de communication avec les élèves

Cette dimension de la communication à distance est d’ailleurs l’un des aspects que je n’avais pas du tout anticipé au début de l’utilisation des réseaux sociaux avec mes élèves. Très rapidement, j’ai reçu des messages de la part de mes élèves qui n’auraient probablement jamais existé autrement. Souvent, il s’agit d’une réaction « à chaud » après un cours ou bien d’une question périphérique du sujet que nous venons d’aborder en classe.

Par timidité ou parce que le déroulement du cours ne permet pas toujours de poser une question, certains élèves préfèrent envoyer un message quelques minutes ou quelques heures plus tard. Une discussion plus personnelle se met alors en place et donne souvent l’occasion au professeur de féliciter l’élève pour cet intérêt et l’encourager à poursuivre dans ce sens, ce qui n’aurait pas toujours été possible dans un autre contexte.

Impliquer les parents

Une telle communication est cependant encore plus difficile avec les parents qui, passé l’école primaire, perdent l’habitude de venir discuter régulièrement avec les enseignants plus nombreux et moins accessibles.

A mon sens, cette situation conduit à de très nombreuses incompréhensions qui dégénèrent parfois en conflits ouverts. C’est pourquoi je suis persuadé que nos salles de classe devraient être plus ouvertes aux parents (et à d’éventuels autres intervenants) afin de renforcer la place de l’école dans notre société. A défaut, il nous faut au moins réfléchir à de meilleurs moyens de communication en intégrant les parents aux dispositifs mis en place avec les élèves.

Contribuer à l’éducation aux médias

Enfin, les événements tragiques du mois de janvier 2015 nous ont montré que l’une des sources principales d’information des jeunes passe par les réseaux sociaux, avec toutes les limites que cela entraîne en termes de diversité et de confrontation de l’information puisque les algorithmes de ces outils sont souvent paramétrés pour donner à lire ce qui conforte l’utilisateurs et ainsi l’inviter à rester connecté le plus longtemps possible.

Prolonger le cours avec des moyens de communication modernes, c’est aussi contribuer à enrayer un peu cette machine en proposant à nos élèves des éléments permettant d’exercer leur esprit critique sur les sources d’information et les outils qu’ils utilisent au quotidien.

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Quels sont les outils à notre disposition ?

Une fois définis nos objectifs pédagogiques, il convient de faire le bilan des outils disponibles pour les atteindre et s’interroger sur leurs potentialités et contraintes.

L’espace numérique de travail (ENT)

Chaque établissement secondaire est désormais censé utiliser un espace numérique de travail qui rassemble la messagerie interne de la communauté éducative, l’emploi du temps des élèves et des professeurs, le cahier de texte des classes, des espaces de stockage en ligne, etc…

A priori, l’outil semble donc parfait pour répondre aux principaux objectifs fixés ci-dessus. Sauf que dans l’Education nationale, rien n’est jamais simple !  Si l’utilisation d’un ENT est désormais obligatoire, le choix de l’outil a été laissé à la liberté de l’autorité qui finance, à savoir les collectivités territoriales. Dès lors, d’une académie à une autre, et parfois même d’un département à un autre, voire des collèges aux lycées d’un même bassin, l’ENT n’est pas le même. A une échelle encore plus fine, chaque établissement n’a pas forcément demandé à activer les mêmes options et donc chaque administration, voire chaque enseignant, utilise un peu l’outil comme il le souhaite. Par exemple, pour envoyer un document à une classe, certains collègues vont l’ajouter dans l’emploi du temps, d’autres dans le cahier de texte, d’autres encore dans un espace de stockage collectif et enfin certains préfèrent envoyer une note d’information avec le document en pièce-jointe… Pour les élèves comme pour leurs parents, cela devient rapidement ingérable et les taux de connexion tendent à montrer que la plupart d’entre eux ne l’utilisent presque jamais.

De plus, confortées par des contrats pluriannuels avec les collectivités territoriales, les sociétés qui développent ces outils se montrent particulièrement frileuses quant aux innovations pédagogiques. Sous prétexte d’accessibilité et de simplicité d’usage, les options proposées s’avèrent souvent décevantes au regard des autres applications disponibles gratuitement sur Internet.

En bon fonctionnaire discipliné, j’applique bien entendu les instructions qui m’obligent à faire l’appel, remplir mon cahier de texte et répondre aux messages de mon administration via cet outil. Pour le reste, je me suis tourné depuis bien longtemps vers d’autres outils plus performants et réactifs.

Le blog ou site d’enseignement et l’agenda partagé

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Indispensable pour mettre en ligne et organiser les ressources à disposition de mes élèves (voir l’article consacré à ce sujet sur le site de la PEPS), il me permet également de mieux communiquer avec mes élèves et leurs parents :

  • D’abord parce que les élèves et leurs parents peuvent s’abonner à ce site afin de recevoir un courriel à chaque fois qu’un nouvel article est publié.
  • Ensuite, parce que j’ai intégré à ce site les agendas de chacune de mes classes qui permet à mes élèves et à leurs parents de consulter l’actualité de leur classe sans avoir besoin de se connecter à une plateforme en utilisant des identifiants qu’ils ont la plupart du temps perdus. S’ils téléchargent l’application Google Calendar, ils ont d’ailleurs la possibilité de recevoir une notification et/ou un mail afin d’être informés des événements indiqués dans l’emploi du temps.

Outil utilisé pour le blog : WordPress. Il en existe cependant d’autres tels que LeWebPédagogique, Edublogs, Overblog, Weebly… L’idée étant de choisir celui qui vous convient le mieux en fonction de vos attentes et de vos compétences techniques. 

Outil utilisé pour la gestion de l’agenda : Google Calendar. Il me permet de gérer avec un seul outil (sur PC et sur smartphone) mon agenda personnel, mais également les agendas de chacune de mes classes qui peuvent être visualisés collectivement ou individuellement. Par exemple, dans le sommaire général de mon blog, il est possible de consulter l’agenda général de toutes mes classes ; mais chaque élève peut ensuite consulter son propre agenda en allant sur sa classe (par exemple en Seconde). 

Les réseaux sociaux

Des études nombreuses et régulières montrent l’importance des réseaux sociaux chez les adolescents. Facebook, Twitter, Instagram font désormais partie de leur quotidien et, selon l’institut Ipsos, continuent à progresser en temps de connexion. Les marques l’ont bien compris et les sociétés de soutien scolaire commencent aussi à en prendre conscience en proposant de plus en plus d’applications en ligne connectées aux réseaux sociaux.

On peut (et on doit) s’interroger sur l’intérêt pour l’école d’entrer dans ce territoire un peu flou où les questions d’identité, de propriété intellectuelle et de vie privée ne sont pas encore totalement définies. Je me pose sans cesse ces questions et j’invite mes élèves à se les poser. Cependant, au-delà de ces problématiques qui invitent à bricoler sans cesse, j’en arrive toujours à la même conclusion :

  1. Tout le temps que les élèves passent désormais sur ces réseaux est potentiellement du temps en moins passé sur leurs cours, non pas par principe ou rejet de l’école, mais parce qu’ils vivent dans une société qui les invite à utiliser ces outils tant dans le domaine personnel que professionnel.
  2. En tant qu’enseignant, je préfère être à côté de mes élèves dans cet espace pour les accompagner plutôt que de les laisser entre les mains d’autres acteurs animés par des ambitions commerciales et/ou idéologiques.

Des dizaines d’autres solutions disponibles

Les éléments listés ci-dessus sont ceux que j’utilise au quotidien car ils répondent à mes objectifs et à mon utilisation personnelle des nouvelles technologies. D’autres possibilités existent mais il est plutôt déconseillé de les multiplier au risque de se laisser submerger.

Néanmoins, un autre outil pourrait s’avérer indispensable aux collègues qui ne souhaitent pas utiliser les réseaux sociaux. L’application gratuite Remind vous permet en effet d’envoyer des notifications à vos élèves et à leurs parents classe par classe. Il vous suffit pour cela de créer des groupes dans l’application et de diffuser le code de connexion de chaque classe à vos élèves et à leurs parents. Ceux-ci peuvent alors installer l’application sur leur smartphone et se connecter via ce code de connexion. Ils recevront dès lors une notification à chaque fois que vous leur adressé un message et auront même la possibilité d’y répondre.

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Et concrètement, comment fonctionne un système de communication périscolaire ?

Le blog Historicophiles est désormais doté de trois réseaux sociaux (une page Facebook, un compte Twitter et un compte Instagram) auxquels les élèves et les parents ont la possibilité de s’abonner :

Capture

A partir de la rentrée prochaine, mes élèves et leurs parents recevront ces deux documents (qui seront également affichés dans ma salle de classe et disponibles lors des rencontres parents/professeurs) les informant des nouveaux possibilités de communication entre élèves, parents et professeur :

T'as un pb

Coin des parents 2

L’animation de ces réseaux sociaux est prise en charge par l’enseignant qui propose d’ailleurs des rendez-vous hebdomadaires intitulés :

  • « Réviser avec l’actualité » permettant de lier les chapitres étudiés en classe avec l’actualité du moment, tout en proposant des pistes de révisions des principales connaissances et notions.
  • « Réviser devant sa télé » permettant de conseiller régulièrement aux élèves de regarder un film, une émission ou une série qui leur permet d’approfondir un chapitre étudié en classe, voire d’organiser un live-tweet pour commenter en direct l’émission.
  • « L’énigme du samedi » proposant aux élèves de partir à la recherche d’informations sur leurs programmes à partir d’un document inconnu.

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Et vous, comment est-ce que vous communiquez avec vos élèves ?