Organiser et diffuser des informations à destination des élèves

Cet article s’adresse à des enseignants qui pratiquent régulièrement la « classe inversée ». Il a pour objectif de faire un bilan des outils permettant de faciliter la mise en œuvre quotidienne de cette pratique pédagogique.

Lorsqu’on commence à systématiser cette méthode de travail, il devient en effet nécessaire de s’organiser pour diffuser régulièrement et facilement des informations à destination des élèves. Plusieurs solutions sont alors envisageables.

Les paragraphes ci-dessous ont pour ambition de proposer une liste exhaustive afin de vous permettre de faire les choix qui vous conviennent. Il ne m’a cependant pas été possible de tester tous ces outils ; c’est pourquoi les commentaires et les messages sont les bienvenus afin de compléter progressivement cet article à partir de vos expériences et d’éventuels didacticiels.

Enfin, vous vous apercevrez vite en parcourant cette liste de l’urgence pour l’Education nationale à réagir et à investir massivement afin de proposer rapidement à ces enseignants des outils qui restent hélas pour le moment majoritairement développés par le secteur privé qui ne propose souvent que les versions limitées ou démonstratives.

Blackboard-Brooch

1. Créer un blog ou un site Internet

La création d’un blog ou d’un site Internet peut paraître fastidieuse au départ, mais s’avère très rentable sur le long terme :

  • Il vous permet d’abord d’organiser les ressources que vous mettez à la disposition de vos élèves dans des catégories bien précises (par classe, par chapitre, par compétence…). Très rapidement, vos élèves sauront où aller chercher les informations dont ils ont besoin. Les élèves qui souhaitent s’avancer sur leur travail peuvent d’ailleurs anticiper certaines activités, et ceux qui souhaitent revenir sur certains chapitres dans le cadre de leurs révisions pourront également le faire.
  • Il vous permet ensuite de gagner beaucoup de temps. D’une année sur l’autre, il ne vous sera en effet pas nécessaire de recommencer la publication de toutes vos ressources. En revanche il vous sera possible de les modifier, de les réorganiser, ou bien de les compléter.

Plusieurs outils sont disponibles sur Internet pour créer rapidement un blog ou un site. La liste ci-dessous recense les principales solutions existantes avec les informations de base vous permettant de faire le meilleur choix pour votre projet :

  1. WordPress est actuellement l’une des plates-formes de création de blogs et de sites Internet les plus complètes. C’est celle que j’utilise à titre personnel pour mon blog de la classe (Historicophiles) mais aussi pour le blog que vous êtes en train de lire. Son principal avantage repose sur les multiples possibilités d’intégration qu’il permet directement dans vos articles (images, vidéos YouTube, Google formulaire, etc.) et sur la facilité d’organisation les différentes catégories. Son principal inconvénient reste néanmoins la présence de publicité dans la version gratuite.
  2. Overblog est une plate-forme similaire permettant de créer un blog tout aussi facilement et rapidement. Il a l’avantage de ne pas publier de publicité sur vos pages si vous écrivez un article au moins tous les 45 jours. En revanche, il offre beaucoup moins de possibilités de développement que WordPress.
  3. LeWebPedagogique propose également d’héberger rapidement et simplement des blogs à vocation pédagogique.
  4. Blogger est l’outil indispensable pour les inconditionnels de l’univers Google.
  5. Weebly est l’un des outils les plus récents proposer sur la toile. Son utilisation est particulièrement intuitive.

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2. Les supports de management de contenus d’enseignement 

Face au succès des sites et blogs de classe, de nombreux éditeurs de logiciels se sont lancés à l’assaut de ce nouveau marché en expansion. Depuis quelques mois, de nouveaux outils appelés les « Learning Management System » (LMS) ou »Learning Support System » (LSS) ont donc fait leur apparition.

La meilleure façon d’expliquer le fonctionnement de ces outils est aujourd’hui de faire référence à la Khan Academy. Ces plates-formes vous permettent de créer relativement facilement des modules de formation sur le modèle de ceux proposés par cette institution : c’est-à-dire en fournissant non seulement des supports de cours (sous format texte, vidéo ou animation), mais aussi des fonctionnalités permettant d’évaluer à différentes étapes la progression des élèves (quiz, tests, etc.) et de vérifier à tout moment leur cheminement (grâce à des statistiques d’avancement dans les apprentissages).

Certains de ces outils sont vraiment très convaincants et permettent de mettre en œuvre une véritable progression pédagogique en ajoutant au fur et à mesure différentes ressources : textes, images, vidéos, exerciseurs, etc.

Pour ma part, je ne les utilise pas encore pour différentes raisons :

  • D’abord, pour une question de droit : utiliser de tels outils nécessite de demander aux élèves de s’inscrire sur une plate-forme numérique dont nous ne connaissons pas toujours le propriétaire, la localisation et la politique en termes de gestion des données personnelles. C’est pourquoi il serait urgent l’Education nationale propose rapidement un outil validé officiellement pour le mettre à disposition de ses enseignants.
  • Ensuite, pour une question pratique et de philosophie éducative : utiliser de tels outils nécessite que les élèves s’inscrivent puis se connectent pour accéder uniquement aux ressources et aux activités proposées par leur professeur. Il s’agit donc d’un système fermé alors que l’un des objectifs de la pédagogie participative et sociale (PEPS) repose au contraire sur des principes d’ouverture, de partage et de mutualisation.

Ces outils peuvent néanmoins être utilisés ponctuellement pour proposer aux élèves une progression en autonomie sur plusieurs séances (par exemple lorsque l’enseignant doit s’absenter pour accompagner un voyage scolaire).

La liste ci-dessous recense les principaux outils existants :

  • Didacti est celui qui me semble être le plus simple d’utilisation et le plus adapté à l’enseignement secondaire.

Actualisation du 24 août 2014 : depuis le 18 août 2014, Didacti est devenu ChallengeU. 

  • Moddle est l’outil le plus ancien dans ce domaine. D’abord développé pour l’enseignement supérieur, il évolue sans cesse pour s’adapter au marché de l’enseignement secondaire. Néanmoins, je le trouve encore un peu trop complexe. L’IUT de Toulouse propose une série de didacticiels en ligne pour apprendre à utiliser toutes les fonctionnalités de cet outil.
  • Claroline qui présente l’énorme avantage d’être gratuit

  • Face à l’émergence exponentielle de ces outils, certains éditeurs tentent de se démarquer en proposant des plates-formes permettant de transformer votre progression de cours en un jeu de rôle médiéval. C’est le cas de Classcraft dont l’idée va probablement être reprise très rapidement pour proposer d’autres jeux de rôle dans différents univers.

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6 réflexions au sujet de « Organiser et diffuser des informations à destination des élèves »

  1. Merci pour cette présentation très claire.

    Je ferai juste une distinction parmi les LMS : il existe des plateformes clés en main où le professeur n’a « plus qu’à » insérer ses cours et inscrire ses élèves. L’administration est extérieure à l’établissement, il n’est pas nécessaire de disposer d’un serveur, mais se pose alors la question de l’utilisation des données comme tu le signales ; c’est le cas de Didacti, Edmodo, Examtime, etc. et bientôt/déjà de Google qui se positionne sur le marché (le lycée français de Milan opte pour cette solution comme des universités ; on est plus proche de l’ENT que du LMS pour l’instant mais les outils de type formulaire, le Drive de manière générale l’en approche déjà beaucoup). Moodle, Claroline connect, Moodle, Dokeos eux sont des LMS à télécharger avec gestion sur un serveur spécifique. Donc les données restent dans l’établissement. Pour l’instant (mais pour combien de temps encore ?), j’ai la chance d’avoir Moodle avec l’ENT : la connexion à l’ENT permet d’accéder à Moodle, donc pas de demande d’autorisation spécifique, même gestion du mot de passe, etc.

    Enfin, je comprends mal la 2e réserve (« système fermé alors que l’un des objectifs de la pédagogie participative et sociale (PEPS) repose au contraire sur des principes d’ouverture, de partage et de mutualisation »). Il y a à mon sens plusieurs niveaux à bien distinguer :
    – l’ouverture, le partage, la mutualisation au sein de la classe, avec les autres élèves d’un même établissement : les LMS permettent de le faire, il existe des activités collaboratives ; de même, les élèves peuvent disposer d’un espace blog qu’ils partagent avec les autres inscrits sur la plateforme (et/ou inscrire un blog externe). Effectivement, dans cette situation, les données restent internes à l’établissement. Mais cela peut être une solution pour l’accès à des ressources utilisées à des fins strictement pédagogiques, dont la liberté de publication est par ailleurs réduite. D’un point de vue pédagogique, cela permettrait aux élèves de distinguer deux niveaux de publication sur internet : au sein d’une plateforme à accès restreint/publication ouverte à tous, avec des interrogations sur les droits et autorisations différentes.
    – L’accès visiteur anonyme existe pour une visualisation des cours (voir pour Moodle cette page de présentation : http://docs.moodle.org/19/fr/Visiteur_anonyme) s’il s’agit cette fois d’une ouverture extérieure à l’établissement (d’autres élèves, des collègues). Il s’agit d’une configuration à faire par l’administrateur.
    – Le partage et la mutualisation avec d’autres collègues (on dépasse la visualisation, on partage les activités) c’est là le plus intéressant à mon sens. Sur un blog, on partage, mutualise des ressources statiques ; avec les LMS, on produit des ressources/activités dynamiques (lorsque les élèves répondent à une activité, on dispose d’autant de réponses que d’élèves et on a l’outil de gestion inclus). Ces activités demandent un temps de réalisation important (comme les vidéos que je place en ressources statiques). Les formats standards utilisés par les LMS (Scorm, IMS) sont des possibilités, sans doute les moins contraignantes car ce sont des formats partagés par la plupart des LMS libres et gratuits. Dans Moodle, il est également possible d’exporter des questions placées dans la banque de questions (format XML Moodle ou format Gift).

    1. Bonjour Gaëlle,

      Merci pour ton commentaire et ces précieuses précisions.

      Comme je l’indiquais en début d’article, je n’ai pas testé tous les outils existant et leur présentation est parfois un peu floue sur le net.
      Néanmoins, je viens de m’y mettre cette semaine : après plusieurs tests, j’ai choisi Canvas (article en cours de préparation pour relater l’expérience : publication probablement au cours de la semaine prochaine).

      Concernant la mutualisation, il faut bien entendu distinguer les deux niveaux :
      1. Entre élèves : auquel cas il s’agit essentiellement de mutualisation entre élèves d’une classe… bien que sur mon blog d’enseignement, je reçois aussi pas mal de demandes de la part d’élèves extérieurs à mon établissement d’enseignement.
      2. Entre collègues : sur ce point pour le moment, je reste très insatisfait car les outils existant permettent effectivement la publication des activités créées, mais rarement l’appropriation réelle par un collègue (qui pourrait l’adapter en fonction de son manuel, du niveau de ses élèves, de la logique de son parcours d’enseignement, etc.).
      Je reste persuadé que l’avenir des ressources scolaires se situe de ce côté : rendre disponible des ressources intéressantes permettant néanmoins à l’enseignant de ne pas devoir tout prendre en bloc, mais de piocher des morceaux qu’il assemblera comme des briques adaptées à ses élèves (voir sur ce point ce que dit Devauchelle sur l’enseignant comme « ingénieur pédagogique »).

      Sur ce point d’ailleurs, l’un de mes défis pour cette nouvelle année va être de proposer des capsules vidéo sur le programme de lycée : j’aimerais créer quelque chose de suffisamment dynamique pour les élèves, sans y passer non plus trop de temps et sans mobiliser des outils trop complexes. Peut-être qu’une équipe pourra se constituer sur l’académie de Dijon…

      A bientôt.
      Mickaël

      1. Bonjour Mickaël
        je partage totalement ton point de vue.
        Au sujet des manuels, on est en train de rentrer dans l’ère du DIY (do it yourself), l’enjeu est de savoir si les éditeurs en ont pris conscience et sont prêts à s’emparer de cette tendance qui n’en est qu’à ses balbutiements (j’ai lu ton article à ce sujet). Cela implique la granularisation maximale des ressources, mais aussi l’acceptation de produire des ressources et des activités numériques intégrables à des LMS donc à des formats à grande compatibilité (Scorm ou équivalent). Le problème est le modèle économique : jusqu’à présent, plus on fragmente, plus cela coûte cher à l’usager (voir dans le domaine scientifique, le coût de la somme des articles d’un numéro de revue coûte plus cher que le numéro entier en version papier ; au hasard, le dernier numéro des Annales est proposé pour 20€ en version numérique + papier, la somme de ses articles, en version numérique uniquement, coûte 45€ et dans le cas des revues, l’on sait que les coûts de droits d’auteur et surtout de publication d’images payantes sont réduits…). On ajoute à cela la peur de la réutilisation frauduleuse qui éloigne de la préoccupation de la compatibilité la plus large possible….
        Au sujet d’une équipe, ce serait bien effectivement, on en rediscute en septembre ?
        Bonnes vacances studieuses !
        Gaëlle

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